A 44 ans bientôt sonnés (il les aura le 22 décembre prochain) Franck Tallon compte plus de 20 années au compteur d’une vie créative bien remplie, même si, comme il le dit lui-même, « ce n’est qu’un début ! ». Graphiste diplômé des Beaux-Arts de Bordeaux où il fut un temps enseignant, directeur artistique de la revue Le Festin, artiste associé au TnBA et directeur artistique de la Communauté Urbaine de Bordeaux, Aqui a voulu en savoir plus sur celui qui, entre autres réalisations, a su donner une visibilité et une lisibilité à une institution qui, comme beaucoup de ses consoeurs, en manque singulièrement auprès du grand public. Portrait et itinéraire d’un passionné de design, d’architecture et de graphisme au nom duquel, sans exagération et sans jeu de mots, on peut accoler celui de « talent ».
s sa dernière année, il est embauché à Arc en Rêve, lieu emblématique de médiation culturelle dans les domaines de l’architecture, de la ville, du paysage et du design qui partage l’Entrepôt Lainé avec le CAPC, où il devient graphiste. Si l’identité visuelle du centre d’architecture bordelais était déjà en place, il la fera vivre et la développera pendant 10 ans. Parallèlement, en 1995, il crée sa propre boîte, simplement baptisée « Franck Tallon ». Un espace situé rive-droite, qu’il partage avec l’architecte et ami de lycée, Fabien Pedelaborde, (la réhabilitation du cours Victor Hugo c’est lui), et entre les murs duquel il créera l’identité visuelle du Fonds régional d’art contemporain Aquitaine (FRAC), des Nuits du Patrimoine ainsi qu’une campagne pour AIDS Aquitaine qu’il aimerait bien rééditer…Entre design graphique, édition et architecture
quittera Arc en Rêve en 2001, juste après l’exposition « Mutations », un gros événement sur « la ville et l’architecture » conçue par le centre d’architecture dans le cadre de la célébration de l’an 2000 en France. Un départ en très bons termes, pour se consacrer pleinement à son agence, et à son action avec Périphériques Architectes, un collectif d’archis parisiens qui conjugue architecture et médiation avec la revue IN-EX, soucieuse de montrer l’architecture sous un jour différent. Deux numéros édités et diffusés mondialement, en bilingue, par Birkhäuser, résulteront de cette collaboration. » IN-EX était vraiment un ovni dans le milieu de la presse en France. Détestée ou adorée, cette expérience a eu le mérite d’inventer » se souvient celui qui en fut l’un des acteurs. « On faisait des voyages en Australie, au Japon, en Chine autour d’une thématique pour montrer la réalité d’une ville. Un road movie, une aventure particulière où la mise en forme graphique et photographique avait autant de valeur que le fond, et représentait une vraie posture éditoriale chargée d’illustrer un propos ». Avec 32 interviews d’architectes sur 500 pages, tirés à 2500 exemplaires et diffusés à l’étranger (au Japon ce sont de vrais collectors) les 2 numéros seront suivis pour le graphiste, de plusieurs livres sur l’architecture et des productions d’architectes (Rudy Ricciotti, Jacques Ferrier, Philippe Gazeau…). On lui doit ainsi la seule monographie existante de l’architecte bordelais Jacques Hondelatte.Plus designer qu’artiste
« Pour moi, l’exercice du livre d’architecture est une manière de poursuivre les recherches engagées avec IN-EX sur comment montrer l’architecture et la ville. Chaque livre est un dialogue, un scénario proche de celui d’un film ». Mais si Franck Tallon participe et oeuvre dans l’espace (signalétiques, scénographies, 1% artistique) il conçoit mais ne produit pas. « Je travaille avec des fabricants, artisans ou industriels avec lesquels je tisse un vrai réseau ». Une exigence qui explique le choix de Franck Tallon quant à son orientation qui lui a fait choisir le design plutôt que l’art. « Une bonne idée en soi n’est rien si elle n’est pas réalisable et duplicable, transposable dans un processus de fabrication industrielle ou artisanale. La bonne idée est celle qui au bout existe, en tenant compte d’un contexte, d’un budget, d’un programme… ». Une distinction qui inspire tout son cheminement et se doit de répondre à une question posée à partir d’un point de départ très concret.
D’Agora au TER en passant par le Festin
papier et du document imprimé à la mise en espace. Le papier qui reste, cependant, très présent dans son itinéraire avec la conception de la collection de poésie de la maison d’édition, Le Bleu du Ciel, et sa rencontre avec Xavier Rozan qui lui confie la refonte graphique de la revue Le Festin, dont il devient le directeur artistique. En 2009, un concours est lancé par la Région auprès de designers internationaux pour concevoir l’habillage des TER Aquitaine. En face de lui, il a Etienne Robial (Canal +) et Pierre DiSciullio, deux grosses pointures qu’il admire depuis toujours. Malgré la difficulté, il l’emporte, grâce à un projet qui, au-delà de l’habillage, mettra l’accent sur l’identité de la Région. A ce jour, trois prototypes ont été réalisés. L’habillage du parc complet reste à concrétiser. Au même moment, il conçoit, avec French Touch, un collectif d’architectes parisiens, un Annuel optimiste d’architecture qui se revendique comme un « complément » de l’annuel du Moniteur. A l’issue de cette initiative, le Ministère de la Culture lui confie la réalisation du pavillon de la France pour la 11ème biennale de Venise en 2008. Une consécration où il met tout son savoir-faire et qui lui ouvrira d’autres portes.La CUB en mode nouvelle communication
changer le mode de communication de son institution. Se considérant plus comme un plasticien que comme un stratège de la com. il refuse. Mais c’est un non qui veut dire oui… » J’étais convaincu que quelque chose de nouveau était à trouver. J’ai alors proposé à Vincent Feltesse de créer un atelier graphique au sein de la direction de la communication et de gérer la com en binôme ». Restait à créer un poste de directeur artistique jusqu’alors inconnu dans l’administration, et de nommer un nouveau directeur de la communication. Ce sera une directrice, Hélène Fribourg, avec qui il instaure un fonctionnement d’agence où même les chargés de dossiers sont impliqués dans la création. Le BIG : le Bureau d’Intervention Graphique est né. Depuis, Franck Tallon partage son temps entre Bordeaux et Paris, son agence et la CUB qui cherche à développer l’idée globale d’un parler simple et juste. Un langage qui n’est plus dans l’auto-promotion institutionnelle mais s’adresse vraiment aux habitants dans l’accompagnement, la visibilité et la pédagogie. La communication comme un lien. L’exemple du VCub en est l’illustration parfaite où la campagne de communication s’est soldée par un réel succés d’utilisation. Ce sera plus long et plus complexe pour la Fabrique Métropolitaine, Bordeaux Métropole 2.0 ou les 50 000 logements. Un phénomène en marche qui demande de repenser, d’anticiper et d’aménager l’espace urbain et les modes de vie, quand, avec bientôt le TGV à 2h de Paris, Bordeaux aux multiples projets attire, s’ouvre et ambitionne de devenir une ville millionnaire à l’orée 2030. Les 20 prochaines années s’annoncent chargées pour le BIG de la CUB.


























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