
Pascal Vernier, pasteur et directeur du Foyer fraternel - Bruce Milpied, expo Imageries de quartiers
En ces temps de froid extrême, où même quand on a l’essentiel, voire d’avantage, le quotidien se durcit, la vulnérabilité des plus fragiles (comme tous les hivers) active notre mauvaise conscience de manière encore plus abrupte. L’idole des français, l’abbé Pierre, poil à gratter de nos disparités, n’est plus, et le nombre des nécessiteux s’accroit de manière exponentielle. Car aujourd’hui, on peut travailler, être précaire et vivre dans sa voiture tellement se loger devient inaccessible pour toute une partie de la population. Alors on s’offusque, on s’insurge, on s’indigne, on critique le pouvoir en place, quand on ne détourne pas les yeux, tiraillés entre l’impuissance et l’indifférence… chacun sa part de problèmes à régler dans une société où le mot crise est dans toutes les bouches. D’ailleurs comme vient de le conseiller la secrétaire d’État à la Santé, Nora Berra, (sérieuse concurrente de Nadine Morano) : « les SDF n’ont qu’à éviter de sortir de chez eux » … Par chance, il est des endroits et des êtres qui s’efforcent de conjurer les dérives comportementales et les carences sociétales. Le Foyer Fraternel de la rue Gouffrand, en plein coeur des Chartrons, en est un. Pleins feux sur un lieux toujours en chantier, bourré d’activités, où sont représentés les cinq continents et qui accueille les populations de 30 nationalités, de 6 mois à 99 ans. A sa tête, Pascal Vernier, pasteur de son état, adepte de la diversité, un caractère plutôt anachronique par les temps qui courent, convaincu que « l’avenir est à l’ouverture et que ce n’est pas en se refermant que l’on va franchir le pas ». Des idées qu’il applique tous les jours, tant pour les habitants du quartier, que pour les étudiants étrangers, les jeunes filles au pair ou les réfugiés politiques. Avec toute sa conviction d’homme de foi et d’action (œcuménique et non prosélyte), entachée par une inquiétude grandissante face à la paupérisation et au nombre croissant d’exclus, générés par une société de plus en plus vacillante.
Un lieu d’accueil ancré dans le quartier depuis 60 ans
L’appellation Foyer Fraternel est une dénomination illustrant tout simplement une maison commune, d’obédience protestante, issue du « bouchon protestant bordelais » à l’issue de la guerre. Une mise financière pour servir à l’encadrement de la jeunesse sur fond de solidarité, seront donc les bases d’un lieu invariablement dirigé par un pasteur, dont le père fondateur, en 1951, s’appelait Pierre Fouchier. Au fil des ans, les partenariats se sont multipliés. Mélange d’institutionnel et d’associatif, pour des activités pluri-générationnelles, petite enfance (halte-garderie), centre de loisirs ( 3 à 17 ans), jeunes adultes (18 à 30 ans), offre complétée par une politique familiale soutenue par la CAF, au personnel détaché pour des actions transversales (loisirs adultes, week-end en famille). Un réseau d’appui et d’accompagnement des parents (REAAP), de l’accompagnement scolaire, des APS avec l’école Berthelot, des activités, des grands séjours et des accueils sans hébergements ( ASH) - que le centre social est une des rares structures à encore proposer, car hautement difficiles à organiser en raison de contraintes, sérieusement dissuasives – complètent le programme. Trois autres grands secteurs font également partie des missions que « le foyer frat » développe :
- L’entraide vêtement, une sorte de vestiaire géant où 50 tonnes de vêtements et de chaussures sont triés, puis remis à la vente (symbolique), tous les 2 mois. 250 à 500 personnes y défilent, s’habillant entre 0,50€ à 3€ pour le plus cher. Quant au rebut, il est donné à une filière d’Emmaüs, le tout assuré bénévolement.
- Le lundi, un accueil de jour est organisé pour une centaine de personnes, familles ou individus, qui viennent chercher des colis alimentaires, des vêtements ou un accompagnement spécifique (conseils, aides, infos…). Une population composée d’étrangers, comme de français, et qui concerne environ 650 familles.
- Un organisme de formation accueillant 300 apprenants par an. Femmes, adultes, jeunes filles au pair peuvent ainsi suivre une formation de français/langues étrangères dans la lutte contre l’illetrisme. Certains jours on peut compter jusqu’à 100 personnes, pour 18 bénévoles très formés + 3 salariés, intervenant au 6 de la rue Gouffrand ( lieu mitoyen de la salle municipale).
A la tête de ce navire, Pascal Vernier, pasteur de 58 ans et directeur depuis 1996, secondé par une équipe de 32 permanents, 85 bénévoles et un conseil d’administration des plus impliqué, au service de 2000 personnes, tous secteurs confondus.
Un projet de réhabilitation à l’ambition globale
Les bâtiments, construits en 1850, furent affectés à l’enseignement privé protestant jusqu’à la guerre, pour devenir par la suite un Foyer de 1000 m2 au sol. Une première tranche de travaux de mise aux normes, pour assurer un accueil digne de ce nom, fut réalisée au début des années 90. En 2004, s’ensuivit une 2ème tranche pour la construction et l’agrandissement de la halte-garderie et de bureaux partagés avec d’autres assos (Envol 33, la Croix bleue, la Marmite, la CIMADE). Aujourd’hui, c’est la dernière mais aussi la plus importante des tranches qui s’effectue, puisqu’elle concerne l’ensemble du grand bâtiment. Au programme : sur-élévation et création de 120 m2 aux normes HQE, en phase avec les éléments de la Charte du Développement Durable, la part du Foyer Fraternel s’élevant à 150 000 € pour 1 000 000 € de travaux incluant pompe à chaleur, utilisation de bois locaux et toiture végétalisée, matériaux de réinsertion (voir photo). Si la récupération des eaux de pluie n’a pu être envisagée à cause des normes d’hygiène, ce sont des panneaux solaires qui assurent l’eau chaude de la cuisine des collectivités. La re-plantation d’arbres avec choix réfléchi des essences est également prévue, pour remplacer les platanes de la fin du XIXème siècle, tombés sous le couperet de la rénovation. « Il s’agit pour nous d’avoir un lieu en sympathie avec ce que nous imaginons de l’avenir au foyer fraternel pour les générations qui le fréquentent« , explique Pascal Vernier. « Lui donner une dimension pédagogique réelle, en dépit du surcoût entrainé par le choix des matériaux. Une démarche rendue possible grâce à l’intervention de l’Europe qui nous a permis d’être ambitieux. Bref ! Malgré les lourdeurs et les incertitudes inhérentes à un tel projet, rêve établi il y a une quinzaine d’années et qui devrait être inauguré au printemps, Pascal Vernier est un directeur heureux. Ce qui n’empêche pas ce témoin d’une crise retentissante qui ratisse de plus en plus large, d’être lucide, voire pessimiste, quant à ses dégâts collatéraux sur la sphère sociale et la société humaine.
























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[...] C’est un lieu qui a su évoluer au fil des ans pour assurer le meilleur accueil à tous ses usagers. Ma dernière fille y a fait ses premiers pas de socialisation à la crèche de la Souris Verte, il y a plus de 10 ans. Puis ont suivi les colliers, la danse africaine, la cuisine, les jeux, les sorties du mercredi, etc, dans le cadre du centre de loisirs. Après plusieurs tranches de travaux d’extension, d’embellissement et de mise aux normes, le Foyer Fraternel de la rue Gouffrand a sonné le gong de la dernière phase d’une métamorphose aussi ambitieuse que globale. Pour plus d’infos, se référer à l’article paru dans le blog Chartrons’place to be qui explique la genèse et les missions de ce lieu d’obédience protestante (mais sans prosélytisme), aux multiples activités : http://chartronsplacetobe.fr/lieu-daccueil-et-dentraide-le-foyer-fraternel-vit-une-ambitieuse-transf… [...]